Message - Journée mondiale de l'eau 2005

Lettre ouverte à "Ceux-là".

Le monde survivra-t-il à l'insouciance de ceux qui le peuplent? Continuerons-nous longtemps encore à être plus cigales que fourmis? La journée mondiale de l'eau nous offre l'opportunité de répondre à ces questions.

Ici, l'eau manque. Là, elle est polluée. En bien des endroits, elle est gaspillée. La ressource, on le voit, n'est pas assurée. Les chiffres sont multiples qui en attestent. Ne les manipulons pas. La réalité est bien assez dure et la misère aussi.

Que pouvons-nous et devons-nous faire? Persuader, convaincre. Il est vrai que l'on fait beaucoup, mais que c'est trop peu. Insignifiant. Inacceptable. L'eau et son corollaire l'assainissement sont aujourd'hui de tous les discours. Pas une agence de coopération qui n'ait son programme. Pas une conférence qui n'ait sa déclaration. Oui mais voilà, d'un côté un milliard et demi au moins de citoyens de ce monde sont sans eau, ou si peu, si mal. De l'autre, 5% seulement des crédits publics sont consacrés à ce secteur. Il y a loin, on le voit, des discours aux actes.

Alors nous devons convaincre ceux qui financent, ceux qui légifèrent, ceux qui organisent, ceux qui connaissent. En un mot, tous ceux ici et là qui décident. Ceux qui, en-haut et en-bas, gouvernent.

Les convaincre que les robinets passent avant les fusils et qu'il vaut mieux l'eau potable que le téléphone portable. C'est évident direz-vous, on le savait déjà. Evident oui, effectif, non. Ceux qui financent doivent donner plus d'argent et celui-ci doit être mieux utilisé. Ceux qui légifèrent doivent garantir le droit comme un élément de la dignité reconnue à chacun. Ceux qui organisent doivent permettre le meilleur équilibre entre l'Etat régulateur et la collectivité initiatrice. Ceux qui connaissent doivent assurer de véritables transferts de savoir-faire adaptés et réalistes.

Tout cela, l'argent, le droit, les institutions, la connaissance, constitue les pavements de la voie qui mène au plein accès à l'eau. Nous devons tous nous battre pour cela. Pas pour faire la guerre, mais pour bâtir la paix, accentuer les solidarités et fortifier l'hydro-coopération. Oui, cette journée mondiale est l'occasion de faire montre de conviction. Convaincre ceux-là, c'est à dire nous-mêmes.

 

Loïc FAUCHON
Président du Conseil mondial de l'eau