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Lettre ouverte à "Ceux-là".
Le monde survivra-t-il à l'insouciance
de ceux qui le peuplent? Continuerons-nous longtemps
encore à être plus cigales que fourmis? La journée mondiale
de l'eau nous offre l'opportunité de répondre à ces
questions.
Ici, l'eau manque. Là, elle est polluée.
En bien des endroits, elle est gaspillée. La ressource,
on le voit, n'est pas assurée. Les chiffres sont multiples
qui en attestent. Ne les manipulons pas. La réalité
est bien assez dure et la misère aussi.
Que pouvons-nous et devons-nous faire?
Persuader, convaincre. Il est vrai que l'on fait beaucoup,
mais que c'est trop peu. Insignifiant. Inacceptable.
L'eau et son corollaire l'assainissement sont aujourd'hui
de tous les discours. Pas une agence de coopération
qui n'ait son programme. Pas une conférence qui n'ait
sa déclaration. Oui mais voilà, d'un côté un milliard
et demi au moins de citoyens de ce monde sont sans eau,
ou si peu, si mal. De l'autre, 5% seulement des crédits
publics sont consacrés à ce secteur. Il y a loin, on
le voit, des discours aux actes.
Alors nous devons convaincre ceux qui
financent, ceux qui légifèrent, ceux qui organisent,
ceux qui connaissent. En un mot, tous ceux ici et là
qui décident. Ceux qui, en-haut et en-bas, gouvernent.
Les convaincre que les robinets passent
avant les fusils et qu'il vaut mieux l'eau potable que
le téléphone portable. C'est évident direz-vous, on
le savait déjà. Evident oui, effectif, non. Ceux qui
financent doivent donner plus d'argent et celui-ci doit
être mieux utilisé. Ceux qui légifèrent doivent garantir
le droit comme un élément de la dignité reconnue à chacun.
Ceux qui organisent doivent permettre le meilleur équilibre
entre l'Etat régulateur et la collectivité initiatrice.
Ceux qui connaissent doivent assurer de véritables transferts
de savoir-faire adaptés et réalistes.
Tout cela, l'argent, le droit, les institutions,
la connaissance, constitue les pavements de la voie
qui mène au plein accès à l'eau. Nous devons tous nous
battre pour cela. Pas pour faire la guerre, mais pour
bâtir la paix, accentuer les solidarités et fortifier
l'hydro-coopération. Oui, cette journée mondiale est
l'occasion de faire montre de conviction. Convaincre
ceux-là, c'est à dire nous-mêmes.
Loïc FAUCHON
Président du Conseil mondial de l'eau
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